• Le contexte macroéconomique mondial a présenté des signes d’amélioration en 2023. L’inflation a diminué à un rythme très rapide, et la croissance du PIB, bien que relativement faible, est constante. Le degré d’incertitude reste néanmoins élevé, le commerce mondial ayant souffert de la montée des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, qui l’ont conduit à stagner en 2023, malgré des prévisions favorables.
• Après la pandémie, de nombreux pays ont remis en question le paradigme du libre-échange et ont commencé à mettre en œuvre des politiques plus protectionnistes. L’invasion à grande échelle et la guerre d’agression menées par la Russie contre l’Ukraine, ainsi que les craintes d’une pénurie de gaz naturel qu’elles ont générées ont poussé ces pays à ériger trois fois plus de barrières commerciales en 2022 qu’en 2019. L’année 2023 n’a pas fait exception, avec la mise en place de plus de 3 000 nouvelles barrières commerciales et une tendance croissante à la relocalisation dans des pays amis, ainsi qu’une fragmentation générale des relations commerciales entre pays pro-russes et anti-russes.
• Les prix de la plupart des matières premières sont revenus à la normale, bien que les tensions susmentionnées au Moyen-Orient entretiennent le manque de visibilité sur les cours futurs du pétrole brut. Ceux du gaz naturel ont continué de baisser mais restent dans la fourchette supérieure des cours historiques.

 

APERÇU ÉCONOMIQUE1

  • L’économie mondiale présente des signes de reprise après avoir subi la pandémie de Covid-19 et les perturbations initiales liées au début de l’invasion à grande échelle et de la guerre d’agression menées par la Russie contre l’Ukraine, la plupart des indicateurs annonçant une reprise en douceur. En 2023, la croissance économique s’est avérée étonnamment résiliente face à la crise énergétique et alimentaire causée par la guerre, à la flambée mondiale de l’inflation et aux perturbations de la chaîne d’approvisionnement causées par la pandémie. À cet égard, l’inflation a diminué et devrait atteindre 2 % d’ici 2025 dans les économies avancées, un taux généralement visé par les banques centrales. Le commerce, en revanche, a rencontré davantage de difficultés, compte tenu des nombreuses barrières commerciales entravant sa reprise, mises en place dans le cadre d’une restructuration mondiale des circuits commerciaux.
  • La croissance du PIB mondial est stable mais faible, correspondant à un taux de 3,2 % (contre une moyenne annuelle de 3,8 % avant la pandémie) qui devrait se maintenir jusqu’en 2024 et 2025. Cette croissance relativement faible s’explique par l’adoption de politiques monétaires restrictives destinées à lutter contre l’inflation, le retrait du soutien budgétaire exceptionnel accordé pendant la pandémie dans de nombreux pays, ainsi que le ralentissement à long terme de la croissance de la productivité. Il est important de noter que la croissance économique est inégalement répartie dans le monde avec, par exemple, un taux de croissance du PIB des États-Unis dépassant de manière inattendue sa moyenne prépandémique. La croissance du PIB dans les marchés émergents devrait rester forte, en se stabilisant à son taux actuel de 4,2 % à partir de 2024. Dans la zone euro, la croissance est lente mais résiliente ; à 0,4 % en 2023, elle devrait atteindre 0,8 % en 2024, et 1,5 % en 2025, en raison de la vigueur de la consommation des ménages et des marchés du travail. En revanche, les pays à faible revenu et les pays en développement gardent encore des séquelles des nombreuses crises traversées au cours des dernières années, et leur reprise devrait donc être plus lente et plus difficile.
  • L’inflation – l’une des principales préoccupations concernant une reprise potentielle de l’économie mondiale – diminue rapidement depuis le milieu de l’année 2022, l’inflation globale moyenne étant passée de 8,7 % en 2022 à 6,8 % en 2023, et devrait continuer à baisser jusqu’à 5,9 % en 2024 et à 4,5 % en 2025. Il en va de même pour les pays de la zone euro, où l’inflation globale moyenne est passée de 8,4 % en 2022 à 5,4 % en 2023 et devrait atteindre en 2025 l’objectif de 2 % défini par la Banque centrale européenne. Après avoir tiré l’inflation vers le haut dans la zone euro, les chocs sur les prix de l’énergie, s’estompent, ce qui pourrait ramener le taux d’inflation à cet objectif de 2 %. La BCE et d’autres banques centrales de par le monde devraient être en mesure d’assouplir leur politique monétaire dès le troisième trimestre 2024, ce qui encouragerait les investissements privés et rétablirait le pouvoir d’achat des consommateurs, et, de là, stimulerait la croissance économique.
  • Certains risques subsistent cependant, car l’incertitude géopolitique demeure élevée, alors que l’invasion à grande échelle et la guerre d’agression menées par la Russie contre l’Ukraine font rage et que les tensions au Moyen-Orient augmentent, portant atteinte au passage sûr des navires en mer Rouge et menaçant d’empêcher les pétroliers de franchir le détroit d’Ormuz. Cette situation pourrait entraver la croissance économique à moyen terme et avoir une incidence sur la disponibilité des denrées alimentaires et de l’énergie, et donc provoquer une résurgence de l’inflation. En outre, la baisse de l’inflation au second semestre 2022 et 2023 résulte principalement du fait que l’inflation globale ait été tirée vers le bas par les prix des carburants et des denrées alimentaires ; dans l’intervalle, l’inflation de base s’est révélée plus persistante et pourrait freiner la désinflation, même si elle devrait diminuer de 1,2 % en 2024.
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    FIGURE 1 : VARIATION EN POURCENTAGE DU PIB, À PRIX CONSTANTS


    Source : base de données du FMI sur les perspectives de l’économie mondiale, perspectives d’avril 2024
     

COMMERCE

  • En 2023, le commerce mondial a suivi les mêmes tendances qu’en 2022 : une baisse plus importante que prévue du volume des échanges (-1,2 % par rapport à son pic atteint à la fin de l’année 2022)2 en raison de l’invasion à grande échelle et de la guerre d’agression menées par la Russie contre l’Ukraine et d’une réorientation, à la suite de la pandémie, des dépenses vers les services, au détriment des biens faisant l’objet d’échanges internationaux. Vers la fin de l’année, la crise de la mer Rouge a encore alourdi la charge pesant sur le commerce, conduisant celui-ci presque à la stagnation en 2023 (+0,3 %) malgré un premier semestre prometteur. Le commerce mondial devrait toutefois se redresser et croître lentement en 2024 et 2025, à un rythme inférieur à sa moyenne prépandémique (respectivement 3,3 % et 3,6 %, contre une moyenne de 4,9 % auparavant)3.
  • En effet, le 19 octobre 2023, le mouvement yéménite houthi a lancé des attaques contre des navires marchands en mer Rouge. Ces incidents, connus sous l’appellation « crise de la mer Rouge », ont contraint des centaines de navires à changer d’itinéraire et à passer par le cap de Bonne-Espérance pour éviter d’être pris pour cibles. Malgré les efforts du Conseil de sécurité des Nations Unies pour faire respecter la liberté de navigation, cette crise a entraîné un recul significatif du transport international de conteneurs à la fin de l’année 2023. En Europe, où 75 % des exportations transitent généralement par la mer Rouge, la chute a été particulièrement rude. Dans l’ensemble, la manutention de conteneurs en Europe est restée stable en 2023, malgré les résultats médiocres affichés au deuxième semestre et les difficultés causées par la crise, terminant l’année avec 0,3 point de pourcentage en moins par rapport au mois de janvier. Les ports européens ont connu l’amorce d’une reprise au début de l’année 2024, le transport de conteneurs ayant augmenté de plus de +13 % de janvier à avril 20244. Cette impulsion pourrait cependant ne pas durer, étant donné que les tensions internationales et l’incertitude restent élevées, d’autant plus que cette forte montée peut, en partie, être due aux perspectives d’une reprise économique en Europe ou au changement d’itinéraire des navires qui contournent l’Afrique au lieu de traverser la mer Rouge.
  • À l’instar de 2022, l’année 2023 a connu un renforcement majeur des barrières commerciales ; au cours de chacune de ces deux années, les nouvelles barrières mises en place ont été trois fois plus nombreuses qu’en 2019. Cette situation, combinée à une baisse des investissements directs à l’étranger et des fusions transfrontalières, ainsi qu’à une tendance croissante à la réindustrialisation, devrait entraîner une volatilité accrue du cours des produits de base, y compris certains transportés dans des conteneurs5.
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LES COURS DES MATIÈRES PREMIÈRES ET LEUR IMPACT SUR LE TRANSPORT FLUVIAL

    PÉTROLE BRUT

    • Les cours du pétrole brut ont considérablement augmenté entre 2021 et le milieu de l’année 2022, en raison d’une production pétrolière qui peine à rattraper une demande en augmentation rapide – après l’assouplissement par la plupart des pays des restrictions liées à la pandémie – et de l’invasion à grande échelle et de la guerre d’agression menées par la Russie contre l’Ukraine. En conséquence, pendant la même période, les prix du carburant en navigation intérieure ont grimpé avec les cours du pétrole brut. D’août 2022 à février 2023, cependant, ces derniers ont reculé de -15,7 % en raison d’une croissance plus faible de la demande mondiale et d’un rattrapage de l’offre. Cette baisse s’est poursuivie tout au long de 2023 (-13,9 %, à 83 dollars le baril) et s’est prolongée jusqu’au début de l’année 2024. Les marchés financiers semblent indiquer que les cours du pétrole brut diminueront de -2,5 % d’une année à l’autre, pour finalement atteindre une moyenne de 78,60 dollars le baril d’ici la fin 2024. La crise de la mer Rouge a suscité des inquiétudes quant aux disponibilités de pétrole importé de la péninsule arabique, mais l’impact sur les quantités de pétrole et les prix pour la consommation européenne s’est avéré mineur.
    • Le cours du pétrole est un indicateur de tendance pour le secteur des transports en raison de son rôle essentiel pour les activités de transport. La baisse des cours du pétrole brut observée en 2023 et attendue dans les années suivantes devrait se traduire par une baisse des coûts du carburant pour les opérateurs naviguant sur le Rhin. De plus, le cours du pétrole influe sur le transport des produits pétroliers.
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      FIGURE 2 : INDICES DES COURS DES PRODUITS DE BASE (2016 = 100)


      Source : base de données du FMI sur les perspectives de l’économie mondiale, perspectives d’avril 2024
       

    GAZ ET CHARBON

    • Les six premiers mois de l’année 2022 ont connu une augmentation significative des prix du gaz et du charbon ; le second semestre 2022, en revanche, a été marqué par une baisse tout aussi nette, les prix du gaz chutant de -76,1 % sur la plateforme de marché européenne TTF6 par rapport aux valeurs records atteintes au mois d’août. Cette tendance s’est poursuivie jusqu’en 2023, lorsque les prix du gaz naturel ont atteint 16,7 dollars le million de BTU7 sur la plateforme de marché européenne TTF en février 2023, étant donné que les craintes à l’égard des pénuries d’approvisionnement s’étaient estompées. L’augmentation des importations de GNL8, ainsi que le recul de la demande de gaz en raison du niveau élevé des prix le ralentissement économique en Chine et le remplacement par d’autres sources d’énergie, telles que le charbon, a aussi contribué à prévenir la moindre pénurie. De plus, les conditions météorologiques à la fin 2022 et tout au long de 2023 ont été exceptionnellement clémentes – en particulier l’hiver 2023 – contribuant également à faire baisser la demande de gaz en Europe.
    • Dans l’ensemble, les prix affichés sur la plateforme de marché européenne TTF ont chuté de -24,4 % d’août 2023 à février 2024, où ils sont restés dans la fourchette supérieure des prix historiques, soit à 8,10 dollars le million de BTU. Les prix du gaz devraient toutefois augmenter légèrement et se stabiliser à un prix moyen de 9,45 dollars en 2024, avant de diminuer lentement jusqu’à 8,73 dollars en 2029.

     

    PRODUITS AGRICOLES DE BASE ET DENRÉES FOURRAGÈRES

    • Les prix des denrées alimentaires et des boissons ont culminé au mois de mai 2022, sur fond de perturbations de l’approvisionnement dues à la guerre en Ukraine. Cependant, leur augmentation a ralenti après la reconduction de l’initiative du corridor de la mer Noire en novembre 2022, permettant au blé ukrainien et à d’autres denrées exportées de réintégrer le marché mondial. Les prix sont toutefois restés élevés, ce qui a entraîné une augmentation de la production de blé, notamment dans l’Union européenne et en Inde. Les prix des matières premières agricoles ont baissé de -9,1 % entre les mois d’août 2022 et de février 2023, puis ont encore baissé en 2023, pour atteindre leurs niveaux prépandémiques à la fin de l’année en raison de l’abondance des réserves mondiales.

     

    MÉTAUX

    • Après une première hausse en 2021 et 2022, l’indice des prix des métaux de base est tombé en dessous du niveau qui avait été le sien avant le début de l’invasion à grande échelle et de la guerre d’agression menées par la Russie contre l’Ukraine. Le ralentissement de la demande chinoise de métaux a été un facteur supplémentaire à l’origine de cette baisse, la part de la Chine représentant généralement environ la moitié de la consommation mondiale des principaux métaux. Cela étant, la réouverture de l’économie et la relance des activités portuaires en Chine, associées à une hausse des dépenses d’infrastructure ont conduit à une production d’acier record, entraînant une hausse des prix des métaux de base de +4,7 % entre les mois d’août 2023 et de février 2024 (ceux-ci ayant déjà progressé de +19,7 % entre août 2022 et février 2023).

 

SENTIMENT ÉCONOMIQUE – CONFIANCE DES CONSOMMATEURS

  • La confiance des consommateurs donne une indication de l’évolution de la consommation et de l’épargne des ménages. Un indicateur supérieur à 100 signale un regain de confiance des consommateurs à l’égard de la situation économique future et indique que les consommateurs sont plus enclins à dépenser. Les valeurs inférieures à 100 indiquent une attitude pessimiste envers les évolutions futures de l’économie, ce qui pourrait entraîner une tendance à épargner davantage et à consommer moins.
  • Après un léger regain pendant les derniers mois de l’année 2022, la confiance des consommateurs a commencé à se dégrader lentement à partir de janvier 2023, avant de s’effondrer en mars. L’indicateur du climat économique a finalement accusé une baisse en octobre 2023, descendant à 93,6, avant de remonter à 95,9 en décembre 2023, une reprise principalement attribuée à l’amélioration de la confiance des détaillants, ainsi que des secteurs des services et de la construction. Il est toujours en dessous de sa moyenne à long terme de 100, en dessous de laquelle il est tombé à la mi-2022.

 

PRINCIPALES CONSÉQUENCES POUR LA NAVIGATION SUR LE RHIN ET LE DANUBE, EN BREF

  • Malgré une reprise de l’économie européenne et une baisse de l’inflation, la navigation sur le Rhin et le Danube a continué de diminuer en 2023, après une année 2022 difficile. Cette situation est due aux tensions géopolitiques persistantes en Ukraine et au Moyen-Orient, ainsi qu’aux changements structurels dans le commerce mondial, avec un nombre élevé de barrières mises en place et une tendance à la relocalisation dans le pays (onshoring) et dans des pays amis (friendshoring)9. Les cours des matières premières se sont stabilisés après des mois de forte volatilité, mais les cours du gaz restent élevés.
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